Au dehors les marches sont froides, en accord avec nos coeurs glacés d'effroi, et presque tout autant que ce frisson qui ne quitte plus notre dos. Je me retourne une dernière fois vers cette allée où S. nous a dévoilé sa dernière danse ... .
Une main serre mon bras et me ramène à la réalité. Je les regarde toutes les trois, les unes après les autres... Elles sont là pour moi, elles me soutiennent comme elles l'ont toujours fait, et heureusement d'ailleurs car je sens mes jambes sur le point de rompre. L'une d'elles me chuchote à l'oreille: « vas-y ». C'était cet encouragement qui me manquait, ces deux petits mots qui ont permis à mes pensées d'arrêter de s'entrechoquer quelques instants... Le temps pour moi de ne plus réfléchir et je me faufile entre tous. Je me retrouve enfin devant ses yeux qu'il relève lentement vers moi... Il me transperce de son regard si profond que je me perds à l'intérieur... Aucun mot ne s'échange, mais tout est dit. De son bras qui ne tient pas la béquille, il s'accroche à moi et me serre de toutes ses forces contre lui, comme si toutes les béquilles possibles et imaginables ne pouvaient pas mieux le soutenir que mes bras à ce moment-là. Une éternité que je ne m'étais pas retrouvé contre lui... Mais je pense que vous avez déjà tous ressenti ce sentiment curieux que l'on ressent lors de retrouvailles, en n'importe quel lieu, à n'importe quel moment, ce sentiment de n'avoir jamais quitté celui que vous serrez contre vous. On se tenait là, en bas de ces marches qu'il avait si difficilement montées une heure auparavant, devant cette grande porte où il avait franchi soixante minutes avant pour dire adieu à son meilleur ami, sa moitié, les meilleurs années de sa jeunesse. On se tenait là, devant l'Eglise
photos et texte :une fille en or




